- Numéros d'urgence : 17 (police), 3919 (Violence Femme Info, 7j/7 9h-22h), 112 (urgence européenne)
- Porter plainte : au commissariat, par courrier au procureur, ou en ligne via service-public.gouv.fr
- Ordonnance de protection : délivrée par le juge aux affaires familiales en 6 jours, valable 6 mois renouvelables
- Téléphone grave danger : dispositif gratuit d'alerte police en un bouton, attribué par le procureur après plainte
- Hébergement d'urgence : 115 ou 3919 pour orientation vers centre d'hébergement prioritaire
Introduction
En France, les violences conjugales sont un délit pénal puni jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende (article 222-14-1 du code pénal), et jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende lorsque les violences sont commises sur un mineur ou une personne vulnérable. Le 3919 (« Violence Femme Info ») est le numéro d'écoute national gratuit, accessible 7j/7 de 9h à 22h. En cas d'urgence immédiate, composez le 17 (police secours) ou le 112 (numéro d'urgence européen). Le site officiel arretonslesviolences.gouv.fr centralise toutes les ressources pour les victimes, les témoins et les professionnels.
Les numéros d'urgence et d'écoute à connaître
17 — Police secours. Appelez le 17 en cas de danger immédiat ou de violence en cours. Les forces de l'ordre doivent intervenir et peuvent mettre l'auteur hors d'état de nuire. Si vous ne pouvez pas parler au téléphone, envoyez un SMS au 114 (numéro d'urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes).
3919 — « Violence Femme Info ». Numéro national gratuit d'écoute et d'orientation pour les femmes victimes de violences. Disponible 7j/7 de 9h à 22h. Les écoutantes sont formées pour vous orienter vers les services compétents : commissariat, associations d'aide, hébergement d'urgence, aide juridique. L'appel n'apparaît pas sur la facture téléphonique. Ce numéro est aussi accessible par chat sur arretonslesviolences.gouv.fr.
112 — Numéro d'urgence européen. Fonctionne dans tous les pays de l'UE, même sans carte SIM ou avec un téléphone bloqué.
116 006 — Numéro d'écoute national pour toute personne victime d'infractions pénales (France Victimes). Accessible 7j/7 de 9h à 19h, gratuit.
Les 8 formes de violences conjugales reconnues par la loi
Les violences au sein du couple ne se limitent pas aux coups. Le site arretonslesviolences.gouv.fr identifie huit catégories :
1. Violences physiques — Coups, gifles, strangulation, brûlures, poussées, séquestration. La strangulation, même sans marque visible, est un signe de danger vital immédiat : consultez un médecin aux urgences même sans douleur apparente.
2. Violences psychologiques — Humiliations répétées, dévalorisation (« tu ne vaux rien »), menaces, chantage affectif, surveillance constante des déplacements et communications. Le contrôle par messages (« Où es-tu ? Avec qui ? ») constitue une violence psychologique reconnue.
3. Violences sexuelles — Rapports imposés, agressions sexuelles au sein du couple. Le consentement doit être libre et éclairé à chaque rapport — le mariage ou le PACS ne vaut pas consentement permanent (article 222-22 du code pénal). Le viol conjugal est puni de 15 ans de réclusion criminelle (article 222-23).
4. Violences économiques — Contrôle des revenus, interdiction de travailler, confiscation des moyens de paiement, mise sous tutelle financière forcée. L'auteur empêche la victime d'accéder à ses propres ressources.
5. Harcèlement — Appels, messages et visites répétés non désirés, propos dégradants ou obscènes, cyberharcèlement (articles 222-33-2 et 222-33-2-1 du code pénal). Le harcèlement est puni de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, porté à 3 ans et 45 000 € si commis par le conjoint.
6. Soumission chimique — Administration d'une substance à l'insu de la victime pour commettre une agression. Puni spécifiquement par la loi depuis 2020.
7. Menaces de mort — Menaces de tuer ou de blesser, punies de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (article 222-17 du code pénal), porté à 5 ans et 75 000 € si commises par le conjoint.
8. Violences verbales — Injures, cris, insultes répétées dégradant la dignité de la victime.
Comment porter plainte : les 3 voies possibles
1. Au commissariat ou à la gendarmerie. Présentez-vous dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie — vous n'êtes pas obligé(e) de vous rendre dans celui le plus proche du domicile. L'officier de police judiciaire doit enregistrer votre plainte et vous remettre un récépissé. Vous pouvez être accompagné(e) d'une personne de confiance ou d'un avocat. Demandez le dépôt de plainte (et non une main courante qui ne déclenche pas d'enquête).
2. Par courrier au procureur de la République. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception au tribunal judiciaire du lieu des faits ou de votre domicile. Indiquez : vos coordonnées, le récit détaillé des faits, la date et le lieu, l'identité de l'auteur (si connue), les noms des témoins éventuels. Le procureur décidera de l'ouverture d'une enquête.
3. Par procuration (si vous ne pouvez pas vous déplacer). Via le site service-public.gouv.fr, vous pouvez déposer une pré-plainte en ligne si les faits sont un délit (et non une contravention). Vous recevrez une convocation au commissariat pour signer la plainte dans un délai de 3 mois.
Conseil important : conservez toutes les preuves : certificats médicaux, photos des blessures, captures d'écran de messages menaçants, témoignages, relevés bancaires montrant des prélèvements abusifs. Le certificat médical (examen de médecine légale) peut être demandé au commissariat — il est gratuit et constitue une preuve essentielle.
L'ordonnance de protection : votre bouclier juridique
L'ordonnance de protection est une mesure d'urgence accordée par le juge aux affaires familiales (article 515-9 du code civil) lorsque la vie d'un époux, d'un partenaire de PACS ou d'un concubin est mise en danger. Elle peut être demandée même sans dépôt de plainte pénale.
Ce que l'ordonnance peut imposer à l'auteur des violences :
— Interdiction d'entrer en contact avec la victime (téléphone, courrier, réseaux sociaux)
— Interdiction de se rendre à certains lieux (domicile commun, lieu de travail de la victime)
— Interdiction de porter une arme
— Éviction du domicile conjugal (la victime reste dans le logement)
Ce que l'ordonnance peut accorder à la victime :
— La résidence séparée (attribution du logement familial)
— La garde provisoire des enfants
— L'autorité parentale exclusive temporaire
— Une pension alimentaire provisoire
Durée : l'ordonnance est délivrée pour une durée maximale de 6 mois, renouvelable. Le non-respect de l'ordonnance par l'auteur est un délit puni de 2 ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (article 227-17-2 du code pénal), porté à 3 ans et 45 000 € si commis par le conjoint ou concubin.
Comment demander une ordonnance de protection : déposez une requête auprès du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de votre domicile, via le formulaire Cerfa n° 15727*02. Vous pouvez être assistée par un avocat (obligatoire si vous demandez l'aide juridictionnelle). Le juge doit statuer dans un délai de 6 jours à compter de la saisine. L'aide juridictionnelle est disponible pour les personnes dont les revenus sont inférieurs à 1 427 €/mois (gratuit) ou entre 1 427 € et 2 139 €/mois (participation de 25 à 55 €).
Hébergement d'urgence : quitter le domicile en sécurité
Si vous devez fuir votre domicile, plusieurs solutions existent :
Les centres d'hébergement d'urgence — Contactez le 115 (numéro national d'hébergement d'urgence) ou le 3919 pour être orientée vers une place en centre d'hébergement. Les places sont attribuées en priorité aux victimes de violences avec enfants.
Les appartements relais — Hébergement temporaire de quelques semaines à quelques mois, avec accompagnement social et juridique. L'association France Victimes (116 006) peut vous orienter vers un appartement relais dans votre département.
Le téléphone grave danger (TGD) — Dispositif gratuit mis à disposition par les forces de l'ordre aux victimes en danger de mort imminente. Le téléphone, fourni par le procureur de la République, permet d'alerter la police en appuyant sur un seul bouton. Le TGD est attribué après dépôt de plainte et évaluation du danger par les enquêteurs.
Conseil de sécurité : avant de partir, préparez un sac avec vos papiers d'identité, carte Vitale, carte bancaire, ordonnances médicales, clés, et un téléphone avec crédit. Conservez ce sac chez une personne de confiance en dehors du domicile.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Ne pas porter plainte par peur des représailles. Sans plainte, les forces de l'ordre ne peuvent pas intervenir. Le dépôt de plainte déclenche une enquête et permet la mise en place de protections (ordonnance de protection, TGD). Le 3919 peut vous accompagner dans la démarche et vous orienter vers une association qui vous aidera à porter plainte en étant accompagnée.
Erreur 2 — Se contenter d'une main courante. La main courante est un simple enregistrement des faits sans suite judiciaire automatique. Seul le dépôt de plainte déclenche une enquête pénale. Si l'officier de police vous propose une main courante, insistez pour déposer une plainte.
Erreur 3 — Ne pas conserver les preuves. Les violences psychologiques et économiques sont difficiles à prouver sans traces. Gardez tous les messages (SMS, WhatsApp, e-mails), les relevés bancaires montrant des prélèvements abusifs, les certificats médicaux. Photographiez les blessures même si elles semblent légères. Notez les dates, heures et circonstances de chaque incident dans un carnet conservé hors du domicile.
Étapes à suivre5
Étape 1 — Appeler le 3919 ou le 17 selon l'urgence
Si vous êtes en danger immédiat, appelez le 17 (police secours). Si vous pouvez parler, dites votre adresse et la situation. Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114. Si la situation n'est pas une urgence vitale immédiate, appelez le 3919 (« Violence Femme Info »), disponible 7j/7 de 9h à 22h. Les écoutantes formées vous écoutent, vous informent sur vos droits et vous orientent vers les services compétents de votre département : commissariat, association d'aide aux victimes, lieu d'hébergement d'urgence, aide juridique. L'appel au 3919 est gratuit et n'apparaît pas sur la facture téléphonique. Le chat est aussi disponible sur arretonslesviolences.gouv.fr si vous ne pouvez pas appeler. Notez que le 3919 ne remplace pas le 17 en cas d'urgence : les écoutantes ne sont pas des secours immédiats, mais des conseillères d'orientation.
Étape 2 — Rassembler et conserver les preuves
Les preuves sont essentielles pour le dépôt de plainte et l'obtention d'une ordonnance de protection. Conservez : 1) les certificats médicaux (demandez un examen de médecine légale au commissariat — il est gratuit), 2) les photos des blessures (même si elles semblent légères, photographiez-les avec la date), 3) les messages menaçants ou humiliants (captures d'écran SMS, WhatsApp, e-mails), 4) les témoignages écrits de voisins, proches ou collègues, 5) les relevés bancaires montrant des prélèvements abusifs ou le contrôle financier, 6) un journal des violences avec dates, heures, lieux et descriptions de chaque incident. Conservez ces preuves hors du domicile (chez un proche, sur un cloud sécurisé) car l'auteur peut les détruire. Si vous n'avez pas de preuves matérielles, votre parole suffit pour déposer plainte — le procureur décidera des investigations à mener.
Étape 3 — Porter plainte au commissariat ou par courrier
Rendez-vous dans n'importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie — pas obligatoirement celui le plus proche du domicile. Demandez un dépôt de plainte (et non une main courante). L'officier doit enregistrer votre plainte et vous remettre un récépissé avec un numéro de registre. Vous pouvez être accompagnée d'une personne de confiance ou d'un avocat. Décrivez les faits avec le maximum de détails : dates, lieux, types de violences, menaces proférées. Présentez les preuves rassemblées. Demandez un examen de médecine légale si vous avez des blessures. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, déposez une pré-plainte en ligne sur service-public.gouv.fr (pour les délits uniquement) — vous recevrez une convocation pour signer la plainte dans les 3 mois. Alternative : envoyez une lettre recommandée au procureur de la République du tribunal judiciaire de votre domicile ou du lieu des faits.
Étape 4 — Demander une ordonnance de protection au juge
L'ordonnance de protection est votre bouclier juridique. Téléchargez le formulaire Cerfa n° 15727*02 sur service-public.gouv.fr. Remplissez la requête en détaillant les violences subies et les mesures demandées (interdiction de contact, éviction du domicile, garde des enfants, pension alimentaire). Déposez le dossier au greffe du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de votre domicile. Le juge doit statuer dans les 6 jours. L'ordonnance est valable 6 mois, renouvelable. Le non-respect par l'auteur est un délit puni de 2 ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (3 ans et 45 000 € si conjoint). L'aide juridictionnelle est disponible selon vos revenus : gratuite si moins de 1 427 €/mois, participation si entre 1 427 € et 2 139 €/mois. Vous pouvez demander l'aide juridictionnelle en ligne sur service-public.gouv.fr.
Étape 5 — Organiser la protection et le hébergement
Si vous devez quitter le domicile, appelez le 3919 ou le 115 pour être orientée vers un hébergement d'urgence. Les centres d'hébergement priorisent les victimes de violences accompagnées d'enfants. Si vous êtes en danger de mort imminent, le procureur de la République peut vous attribuer un téléphone grave danger (TGD) après le dépôt de plainte — il permet d'alerter la police en appuyant sur un seul bouton, sans avoir à composer un numéro. Préparez un sac d'urgence conservé chez une personne de confiance : papiers d'identité, carte Vitale, carte bancaire, ordonnances, clés, téléphone avec crédit. Signalez votre changement d'adresse aux organismes (CAF, CPAM, employeur) pour que l'auteur ne puisse pas vous tracer via le courrier. Activez la confidentialité de votre ligne téléphonique et de votre adresse (demandez au juge l'interdiction de diffusion de votre nouvelle adresse).
Conseils pratiques
- Si vous ne pouvez pas appeler le 17 ou le 3919, envoyez un SMS au 114 (numéro d'urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes) ou utilisez le chat sur arretonslesviolences.gouv.fr — ces canaux sont accessibles sans parler.
- Demandez systématiquement un examen de médecine légale au commissariat : il est gratuit, constitue une preuve médico-légale essentielle, et le médecin légiste note toutes les blessures même invisibles (strangulation, traumatismes internes).
- Le bracelet anti-rapprochement électronique peut être imposé à l'auteur par le juge : il déclenche une alerte automatique si l'auteur s'approche de la victime. Ce dispositif est en expérimentation dans plusieurs départements français depuis 2025.
Points d'attention
- Erreur : confondre main courante et dépôt de plainte → la main courante est un simple enregistrement sans suite judiciaire. Seul le dépôt de plainte déclenche une enquête pénale et permet l'obtention d'une ordonnance de protection. Si l'officier propose une main courante, insistez pour déposer plainte.
- Erreur : ne pas conserver les preuves de violences psychologiques → les insultes, menaces et contrôles par message laissent des traces numériques. Faites des captures d'écran avant de supprimer les messages. Sans preuves, votre parole suffit pour déposer plainte, mais les preuves renforcent le dossier.
- Erreur : attendre d'être en danger extrême pour agir → les violences conjugales s'aggravent avec le temps. Le cycle de la violence (tension → agression → réconciliation) se répète avec une intensité croissante. Appelez le 3919 dès les premiers signes : contrôle excessif, humiliations, isolement.
Questions fréquentes5
Le 3919 est-il gratuit et confidentiel ?
Puis-je porter plainte sans preuves ?
Oui. Votre parole suffit pour déposer une plainte. L'article 4 du code de procédure pénale dispose que la police doit enregistrer toute plainte, même sans preuves matérielles. Le procureur de la République décidera ensuite des investigations à mener. Il est cependant fortement recommandé de rassembler toutes les preuves possibles (certificats médicaux, messages, photos, témoignages) car elles renforcent votre dossier et facilitent l'obtention d'une ordonnance de protection.
Qu'est-ce qu'une ordonnance de protection ?
C'est une mesure d'urgence accordée par le juge aux affaires familiales (article 515-9 du code civil) qui peut interdire à l'auteur des violences de vous contacter, de se présenter à votre domicile ou lieu de travail, et de porter une arme. Elle peut aussi vous attribuer le logement familial, la garde provisoire des enfants et une pension alimentaire. Le juge doit statuer dans les 6 jours. L'ordonnance est valable 6 mois, renouvelable. Le non-respect est puni de 2 ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (3 ans et 45 000 € si l'auteur est le conjoint).
Les hommes peuvent-ils appeler le 3919 ?
Le 3919 (« Violence Femme Info ») est principalement destiné aux femmes victimes de violences. Les hommes victimes de violences conjugales peuvent appeler le 116 006 (France Victimes), accessible 7j/7 de 9h à 19h, qui oriente toute personne victime d'infractions pénales. Ils peuvent aussi se rendre dans un commissariat pour déposer plainte et demander une ordonnance de protection — les droits et protections s'appliquent indifféremment aux victimes hommes et femmes.
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